Poème original de Gilbert Corsia, tapé de sa main sur sa machine à écrire
En Décembre 1985, après le décès de mon père, pendant l’inventaire de ses œuvres, j’ai trouvé mêlées à ses écritures, brouillons et journal, quelques poésies dont voici un extrait
Poulet, 1950
Dans le jardin de la villa de Pennedepie se trouvait au fond de celui-ci, un grand poulailler avec des cages… Gilbert y avait mit quelques poules… Derrière un de ses dessins j’ai trouvé cette note écrite de sa main :
» J’étais parisienne de souche, me voici normande. Maison confortable, jardin, poulailler que je meuble de six poussins… j’aurais six poules. Six mois sont passés, hautes sur pattes, huppées, mangeant férocement, ne pondant pas. Assez peu féminines mes poulettes. Tant qu’un beau matin l’une lança un fameux cocorico à quoi nous avons répondu par un éclat de rire. Mes six coqs de si belle race, je ne suis pas peu fière que ma voisine la fermière me les ait achetés tous.
Quelques perles rares trouvées sur Google dont ce chemin de fer, ce bouquet aux deux vases ou cette vue de Notre-Dame fin 40 probablement, donc au début de sa carrière. Achetée par K.G. ou un de ses clients ? Je n’ai jamais eu connaissance de ces œuvres. Quelle surprise
Photos noir & blanc: un grand tableau exposé au Salon des Indépendants en 1950 Les trois grâces, intitulé les Championnes pour l’exposition sur le thème du sport, exposé également à la galerie Charpentier.
Pendant l’occupation de Paris, passant devant l’étalage d’un poissonnier, crevant de faim, Gilbert acheta un restant de foie de morue. Cuit et immangeable il s’était transformé en huile qu’il utilisera pour se fabriquer de la peinture, mélangée aux poudres de couleurs. Toutes les nuits suivantes seront consacrées à la cuisson de pleines marmites de foies de morues, les couleurs produites, achetées par le marchand de couleurs du quartier. Cela portait largement ses fruits malgré l’odeur nauséabonde qui empestait l’appartement, jusqu’au moment où un autre Parisien eu la même idée et se fit prendre par les Allemands qui récupèrent aussitôt tous les foies de poissons. Faute de matières premières, l’entreprise coula.
Anecdote sur l’occupation de Paris
Notre-Dame encre de Chine et pastels 1940
Les Allemands occupant Paris ne facilitait pas la vie de Gilbert, vu ses origines juives. Combien de fois sera-t il obligé d’escalader la fenêtre de l’immeuble de la rue Saint Victor, de peur d’avoir été dénoncé par un voisin comme cela était l’usage à l’époque pour bien des Français. Gilbert dû modifier son état civil et le nom de son père Isaac devint Jacques, non sans ratures. Il échappera de justesse à la déportation mais traversant cette guerre en très mauvaise santé. Grâce à de faux papiers il travaillera à la Rochelle comme terrassier et au S.T.O. allemand. Un jour n’y tenant plus il fut assez gonflé pour ouvrir une caisse de provisions, mottes de beurre, raflées aux Français par les Allemands et ceci dans un camion remplis de denrées, juste assis derrière un soldat Allemand. Ils disait en nous contant cette histoire qu’il pensait que le soldat, pas un mauvais bougre, l’aurait surprit mais laissé faire…
Puis, vint la libération de Paris. Gilbert peindra sans relâche, ne vendant ses toiles qu’à contrecœur, faute d’argent. Il se créera des relations importantes auprès de Jean Carton et du célèbre sculpteur, Marcel Gimond. Jean Carton venait souvent voir mon père, qu’il appréciait beaucoup, rue St Victor. Il ne manquait jamais d’apporter des pâtisseries lors de ses visites. Cela explique peut-être la profusion de nature mortes avec pâtisseries dont K. G. ne se lassait pas. La femme de Jean Carton séjourna à Pennedepie du temps de l’hôtel restaurant.
Jean Carton parmi ses sculptures
Jean Maurice Carton ( Paris, 23 mai 1912- 30 novembre 1988) était un sculpteur, dessinateur et graveur Français.
Photo retouchée d’un tableau exposé en vitrine à la galerie K. Granoff d’Honfleur
Autre anecdote sur l’occupation
Un jour pendant cette drôle de guerre, Simone essayait de passer une de ces fausses cartes d’alimentation, innocemment, la « faim » justifiant les moyens, en faisant croire que c’était sa mère qui lui demandait de changer un kilo de sucre en poudre contre un de sucre en morceaux. L’épicier s’aperçut de la supercherie et la menaça, lançant dans sa boutique : « Ah ! Celle-là, elle va payer pour toutes les autres ! » Ne la voyant pas revenir, et les Allemands étant très proches, Gilbert vint la retrouver chez l’épicier ; celui-ci s’apprêtait à fermer sa devanture lorsqu’une des femmes se trouvant là voulut sortir, criant : « ah ! Non… Je ne veux pas rester ici moi ! » Profitant de la confusion, il demanda à l’épicier ce qui se passait, lui arracha la carte des mains et, tirant Simone par le bras, celle-ci étant devenue de marbre, sauta hors de la boutique, s’enfuyant à toutes jambes, la traînant comme un cerf-volant !
Il y aura aussi le moment où les américains débarqueront, créant des opportunistes parmi les Parisiens affamés. Gilbert leur vendra de faux billets de mille francs achetés 250 à 300 Francs et revendus 500 Francs… Et le marché noir avec les cigarettes américaines !
Pendant cette période, ses filles lui permettront, Simone ayant droit à une ration plus importante, de pouvoir traverser ces mauvais jours ; puis, un peu plus tard, ils sont partis les rejoindre à la campagne, marchant pendant près de cent kilomètres jusqu’où ils les avaient laissées en pension. Là, les attendaient : crème fraîche, œufs, lait, beurre et autres raretés du moment… Puis, vint la libération de Paris… Gilbert peindra sans relâche, ne vendant sa peinture que lorsqu’il n’aura plus d’argent.
Paris 14 Rue St Victor dans le 5eme fin 1800 sûrement. Hôtel de Jacques Pyard. Hôtel construit sous Louis XIV, par Jacques Auvray, maître couvreur. L’échevin Jacques Pyard. En bas, une vue en 1960 et une vue récente. Mes parents occupaient les trois fenêtres du milieu au premier étage. Hôtel où, apparemment aurait habitée Madame de Maintenon, avec ses écuries dans la cours.
A vingt et un ans, Gilbert souffrait d’une perforation de l’estomac, suivie d’une hémorragie qu’il ignorait. Il se confectionna une toile avec des matériaux récupérés aux Halles quand il était vendeur des quatre-saisons, bois de caisses d’oranges et morceaux de toiles de matelas. Dessus, il peindra un sous-bois très sombre s’ouvrant sur un petit nu clair figurant l’espoir de jours meilleurs. Cette toile sera réalisée coûte que coûte, s’allongeant pour reprendre des forces avant de partir, emporté d’urgence à l’hôpital. De rage il éventre la toile d’un coup de couteau.
La fameuse toile éventrée…
Gilbert posant pour la presse, malheureusement cette photo ne montre Gilbert que de dos avec sa demi-sœur Jacqueline et sa fille Françoise toutes deux devant l’étalage.
Les premiers films parlants émerveilleront Gilbert et il verra le chanteur Al Jolson et Maurice Chevalier dans son premier film. Pendant la crise de 1929 il occupera une place de groom à l’Hôtel la Tremoille où il gagnait quatre à cinq mille francs, somme considérable pour l’époque et qu’il donnait à sa mère, qui bien que modeste, a voulu qu’il retourne au Collège à la rentrée. C’est pendant son Collège, qu’il perdit deux de ses petites sœurs qu’il aimait beaucoup, à 15 jours d’intervalle… de méningites. « A partir de ce moment là, je me suis complètement détaché de mes autres frères et sœur » Disait-il. Ses gains journaliers lui permirent de sortir du ministère des finances où il prit congé en apportant sur le bureau du directeur, un reste de merlan frit de la cantine… et de la coiffure où il a failli être dégoûté des femmes et de leurs fers à friser. Il réalisera quelques portraits de ses clientes du salon de coiffure dont un d’une petite blonde, Italienne, Georgette qu’il appellera son petit Renoir, son portrait aux pastels, évoquant le style du célèbre impressionniste.
Dessin aux pastel de 1937. 50 x 37cm. Collection personnelle