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Articles et œuvres du peintre

Article de presse publié en 1955

Jerzy Waldemar Jarocinski Janvier 1893 – Octobre 1970 sous le pseudonyme de Waldemar George. Naturalisé Français pour son engagement volontaire dans l’armée française en 1914, Waldemar-George s’installe à Paris après la guerre où il épouse Claude Lavalley (1902-1989), fille du peintre Louis Lavalley. Il fréquente assidûment les cercles artistiques parisiens et devient critique d’art, homme de lettres, journaliste.

Le grand critique Waldemar George écrit, en 1955 :
« C’est dans le cadre d’un noble hôtel des quais que j’ai retrouvé quelques-uns de vos trésors : une figure de Modigliani…, un Vuillard, une scène de plein air de Bonnard…, un portrait de Rouault…, un volatile plumé de Soutine. C’est la, chère Katia Granoff, c’est au milieu de ces joyaux de l’Ecole de Paris qu’il m’a été donné d’apercevoir pour la première fois, Corsia. Pas un instant vous n’avez hésité à confronter ses œuvres avec celles des grands ducs de la Peinture Française… Cet Africain, ce pèlerin stellaire du monde occidental et oriental n’a pas choisi la voie des spéculations que certains qualifient de théorèmes plastiques. Son art est un langage et un mode d’expression spontané. Son savoir lui-même est une science gaie. Corsia cherche et découvre un secret millénaire, mais toujours renouvelé, celui de la peinture. Aucune marque étrangère, aucune influence directe ne peuvent être mises à jour dans ses tableaux, dont la facture est faite de pigments colorés. La moindre toile de Corsia a des prolongements dans le domaine du sensible. Elle a la densité et l’éclat de l’émail. Chaque impression qu’il fixe et enregistre, chaque coup de pinceau qu’il donne d’une main nerveuse, chaque strie est naturellement génératrice de vie. Cette pulsation parfois mystérieuse et ce battement des artères invisibles forment l’essence de son art ».

Note: Pour éviter d’avoir à parcourir tous les textes et articles, de nouvelles œuvres ou articles seront ajoutés à la suite dans ce premier chapitre.

La famille Corsia serait prête à considérer  toutes  propositions sérieuses d’expositions, d’offres de musées, de mécénat, de dons afin de promouvoir les œuvres de Gilbert Corsia, ainsi que toutes demandes d’expertises des œuvres du peintre, anonymes ou non. Toutes œuvres répertoriées à partir de décembre 1985 ont un numéro de référence au dos, figurant dans le catalogue raisonné de l’œuvre du peintre, qui est en cours de montage. Tout possesseur d’une œuvre peut envoyer une photo (avec le dos s’il y a déjà un numéro à 4 chiffres comme ci-dessous) qui pourra figurer dans le catalogue et se verra attribuer un numéro de catalogue raisonné.

Un nouveau site fondation Gilbert Corsia et catalogue raisonné en cours de la plupart des œuvres de Gilbert Corsia est désormais visible en ligne: gilbertcorsia.com

Exemple de marquage depuis décembre 1985 avec dimensions, année et numéro de catalogue raisonné au dos d’une œuvre.
Carte d’invitation pour l’exposition à la villa Beauséjour en 1967. Envoyée avec quelques mots pour sa fille Françoise.
Plan de la Planche de Pierre où se trouve la villa Beauséjour
Carte d’invitation avec un texte du Docteur de la famille qui collectionnait les œuvres du peintre Corsia

Deux oeuvres trouvées sur Google, deux nus de deux époques différentes, probablement années 80 et 1950. La plus ancienne a un numéro de catalogue raisonné au dos N: 2888

Acrylique sur panneau de contreplaqué ou Isorel, 1980
Huile sur Isorel vers 1950. 73 x 60cm signé (?) N: catalogue raisonné au dos

Nouvelle oeuvre inédite trouvée sur le site Drouot d’enchères sur Google

Huile sur panneau d’Isorel, vers 1950, 73 x 50cm

Sept œuvres inédites toujours sur le site MutualArt qui a rectifié les dates de naissance et décès de mon père à ma demande, mais qui persiste à indiquer des dimensions erronées

Dessin au pastels sur papier, peut-être fin 1960. ( 72x91cm ?). Décrit par erreur comme huile sur panneau
Paons, 1937, huile sur panneau d’Isorel.
Peut-être une rue de Paris… huile sur panneau d’Isorel , 1936 (72x91cm?)
Maison du Morvan ou d’imagination (?), 1940, huile sur Isorel. dimensions erronées ? 72x91cm
Pont de fer sur la seine (?) huile sur Isorel, 1950 (72x91cm?)
Nature morte (plaque) aux gaufrettes et carafe. 1940/50. Huile sur panneau d’Isorel. (72x91cm?)
Bouquet de Pivoines roses sur la cheminée de la rue St. Victor. 1950, huile sur panneau d’Isorel.

Cinq œuvres trouvées sur Google sur le site MutualArt avec des erreurs sur les dates de naissance et décès de mon père 1905-1945 et peut-être sur les dimensions des peintures, toutes à 6ox73cm…

Bouquet aux pichets sur la cheminée de la rue St. Victor, 1950, huile sur Isorel, 73x60cm
Jardin de Torcy (?) vers 1950, huile sur Isorel, 73×60 (?)
Plat de Dorades sur une chaise. 1950, huile sur Isorel, 73x60cm (/)
Paysage et toit rouge, huile sur Isorel, 72x93cm, 1950
Notre-Dame, huile sur Isorel, 54×65, 1950

Deux œuvres vers 1950 en possession de mon cousin dentiste Norbert Sicsic, après le décès de son père.

Buste de Simone Corsia, épouse du peintre et plat d’abricots, probablement huile sur Isorel vers 1950
Bouquet de Dahlias, huile sur Isorel vers 1949

Portrait de Simone Corsia, huile sur Isorel, 1950, 46x38cm, CR: 2059 1940 collection de Jean-Jacques fils du peintre

Une partie des photos des oeuvres exposées à Honfleur… Les photos ayant due être recadrées, ne montrent pas entièrement les originaux. Les dimensions, supports et numéros de catalogue raisonné ne sont pas encore indiqués.

Huile sur Isorel ou contreplaqué, 1970

Portrait de femme accoudée, Huile sur toile, 1970/75 65x54cm, CR: 3290

Bouquet au vase rose, Huile sur Isorel, 1970/75, 65x51cm, CR: 2011
Huile sur Isorel, 1970
Huile sur Isorel, 1970
Huile sur contreplaqué, 1975
Paysage urbain, Huile sur Isorel, 1970, 60x55cm, CR: 3661
Oeuvre en possession d’un collectionneur, huile 1980

Trois oeuvres sur Google

Les trois graces, nus, huile 1970. Aux  enchères sur Google
Le jardin de la villa, huile. 1960. Aux  enchères sur Google
Encre de Chine, 1947 (Reflets sous-verre) Vente sur eBay

Une des premières oeuvres du peintre

Petit nus sur papier peint, probablement fin 1930

Sept oeuvres de Gilbert Corsia, collections de ma tante et cousins

Arlequins enfant vers 1960/70. Collection de ma tante

Jardin et maisons 1960. Collection de ma tante
Voiliers 1960/70. Collection de ma cousine

Quatre oeuvres, collection de mon cousin

Jardin et maisons, pastels et feutre noir sur canson 1975/80
Rue de village, 1970/80
Champ en lisière de forêt, 1960
Nus, 1975

Deux oeuvres achetées par un collectionneur, ci-dessous, aux enchères au Havre.

Huile sur Isorel (?), 39.5 x 29.5 Note au dos: Arrivée d’Ulysse sur l’île de Nausicaa 1970
Bouquet de fleurs et citron, huile, probablement vers 1950, huile sur toile, 73 x 54cm

Ci-dessous, 12 œuvres récemment acquises par un collectionneur. Les photos ayant due être recadrées, ne montrent pas entièrement les originaux. Les dimensions, supports et numéros de catalogue raisonné ne sont pas encore indiqués.

Le jardin, huile sur Isorel 1970 (details)
La maison, huile sur papier épais, 1975/80
Madeleines et bouquet de fleurs, huile sur toile, 1965
Portrait de femme sur base de lithographie, pastels et acrylique, 1975/80
Autodidactes, pastels et acrylique sur base de lithographie, 1975/80
Portrait de femme et nu, pastels et acrylique sur Canson blanc, 1980
Portraits de femmes élégantes, pastels et acrylique sur papier épais, 1980
Sous-bois, acrylique sur panneau de contreplaqué, 1980
Sous-bois, huile sur toile, 1970
Le champ, huile sur toile, 1970
Portraits mère et fille, acrylique sur papier épais, 1980
Groupe de nus, huile sur panneau de contre-plaqué, 1970

Deux portrait de Mme Wallard

Portrait de Mme Wallard, huile sur Isorel, 1970 53x49cm CR 3308 Col. F. Baumeyer
Portraits de Mme Wallard, pastels, collection de Vincent
Dessin encre de Chine et poème de 1947

Bébé comique Il est né adieu mélancolie Qui ? n’en rit, n’est porté au ris Il est né ce fils de folie Il est né adieu mélancolie
Ah l’impayable progéniture Fait qu’il est comme une déconfiture Il est né ce bouffon miniature Ah l’impayable progéniture
Des babies ont des auréoles graves Le nez, ici est le seul accent grave Ce cher comique ferait rire le plus grave Des babies ont des auréoles graves
Et ses parents sont bien contents Rient et s’esclaffent, la raison pourtant? Rien,  le nez en accent grave du rejeton Et ses parents sont bien contents.

Portrait de femme. Pastels et acrylique sur canson 75
Intérieur, huile, oeuvre vu sur Artnet, 43x52cm 70
Nature morte aux anémones, vers 1949, huile sur toile signée en haut à droite. Indication au dos 76-164. 92 x 73 cm. Vente aux enchères de Drouot
Chemin à travers champs. vers 1960, huile sur panneau d’Isorel. 73x60cm. Vente Drouot

Bouquet, huile sur carton, 65x50cm CR 2884
Bouquet aux cigarettes et allumettes, 1970, huile sur Isorel, 52x51cm. CR 2851
Vue de Fresnes. Croquis avec annotations de couleurs. A probablement servi pour une toile. Stylo noir vers 1950/60 CR 1628
Le lion, encre de Chine et acrylique ajouté, vers 1940 CR 1396
Le Chêne et le roseau, vers 1980, coll. de F. Baumeyer Acrylique sur panneau de contreplaqué. CR 3261 50x47cm
Compotier, huile sur panneau d’Isorel, 65x85cm vers 1960 CR 2866 collection de F. Baumeyer

Une photo d’une œuvre qu’un collectionneur Mr J. Arnal vient juste de m’envoyer. Une des premières œuvres de Gilbert Corsia. Surement vendue vers 1948 par la Galerie K. Granoff. Celle-ci montre le style abstrait que le peintre ne reprendra qu’après la période K. G. vers 1960.

Huile sur un support carton sur chassis vers 1948 (ou plus tôt ? Le cote gauche plus clair est probablement due au flash)

Cette œuvre aurait été revendue à l’hôtel de ventes de Semur-en-Auxois en 1988 par Me Stanislas Machoïr (Note au dos de l’œuvre)

Deux photos d’oeuvres trouvées sur Google, venants de sites d’enchères et dont un est attribué à George Corsia et non Gilbert. (Erreur de prénom)

Sous-bois avec vue sur un village et son clocher. 1960, vendu aux enchères
Rue de Torcy ou de Fresnes 1955
Abstrait sur papier, huile ou acrylique 1980 CR 2525 Collection de Fréderic Corsia
Petit nu sur contre-plaqué 40×26.5cm 1985 Collection de Vincent.
Numéro de catalogue raisonné au dos : CR 2340
Groupe de nus, Isorel, 35x45cm 1980 Collection de Vincent.
Numéro de catalogue raisonné au dos: CR 3611
Nu, 1949, collection d’un cousin
Les Mousquetaires, 1960 collection d’un cousin
Autre version du premier tableau de 1936 : L’aquarium vers 1950. Catalogue raisonné (CR) : 3450, collection de Frederic

Oeuvres, ci-dessous, en possession d’un collectionneur admirateur, M. Hubert Smadja, qui a connu Gilbert Corsia en 1975 en sa villa de Pennedepie.

Deux paysages de 1939/1940
Nature morte aux citrons, 1938/40
Nature morte au melon, bouquet de fleurs et raisins noirs, année 50
Portrait d’Arlequins, 1979
Groupe de nus 1973
Dédicace de Gilbert Corsia  à M. Hubert Smadja au dos de la toile avec un numéro, vers 1975
Groupe de nus, acrylique 1980
Portrait de Gilbert Corsia par lui-même vers 1959 figurant dans un livre de la Galerie K. Granoff et trouvé sur Internet, apparemment pour une vente aux enchères au Japon
Ce texte est probablement de Katia Granoff
Mention sur le tirage de cet exemplaire

Portrait de Léonie, mere de Gilbert vers 1950. CR 3176. Collection de Michèle (Et suivantes)
Paysage, vers 1960
Bouquet 70
Bouquet 70
Ville de nuit, 80
Abstrait 80
Rue de village, 75
Voiliers, 60

En 1947/8, Katia Granoff découvre Gilbert Corsia. Il écrira la préface de cette carte d’invitation pour son vernissage en 1949.

Carte du vernissage
Préface originale écrite par G. Corsia

La période d’après guerre, qui lui permit de se faire connaître en passant au Salon des Indépendants, aux Peintres Témoins de leur Temps, Galerie Charpentier et au Salon d’Automne. Ces expositions lui firent rencontrer les sculpteurs Marcel Gimond et Jean Carton ainsi que Katia Granoff, qui lui permit à peine de tenir le coup jusqu’aux années 60, non sans le bloquer dans l’évolution de son travail. Sur une estimation de huit cent œuvres livrées sur 18 ans, un très grand nombre d’oeuvres acquises par K. G. se compose de natures mortes, de paysages et compositions florales d’une rare beauté mais qui le confinait dans un style qui ne le satisfaisait point.

Trois oeuvres trouvées sur Google en salles de ventes obscures à des prix ridiculement bas. Ci-dessous: Nature morte aux sardines sur un plat en terre cuite. Signé bas droit. Verso sur l’étiquette : coll. Katia Granoff. Dimensions : Isorel 64 x 53 cm. Vente aux enchères janvier 2021, vendu a Rotterdam

Plat en terre cuite et sardines 1955 acheté par un collectionneur de Rotterdam
Paysage sur une base de palette 1960
Portrait de femme 1980

Les photos d’oeuvres ci-dessous de 1950 à 1960, pour la plupart, ont été livrées par Gilbert Corsia et répertoriées par la galerie Granoff. Ces photos, prêtées ne sont malheureusement pas de bonne qualité et ne peuvent être agrandies sans perdre en netteté.

Nature morte à la bouteille de vin 1950/55
Plat de pommes, pichet et bol 1950/55
Choux, carottes et oignons 1950/55
Langoustines 1950/55
Vue de l’arrière cour de la villa de Pennedepie 1960
Rue de Torcy 1950/55
Pâtisseries et pichet 1955
Bouquet et groseilles 1955
Bouquet au vase jaune 1955
Compotier de mandarines 1955
Bouquet au deux pichets 1955

Il ne retire aucune gloire ni fortune de ces dix-huit années de contrat, puisqu’il se retrouva enfin lui-même lorsque celui-ci fût rompu, sa peinture éclatant en un feu d’artifice de couleurs.

Sous-bois, 60/70
Village 70
Groupe de femmes, « Nymphettes » 70 Canson 50x60cm. Numéro de Catalogue raisonné: 609 Collection de Vincent
Visages en collage 1970
Le cinéma, 1975 collection de Françoise
Tarte et pichet 1980 (collection de Françoise)
Paysage de 80, collection de Michèle CR 4334
Portrait de femme 80 collection de Michèle
Série de petits dessins à la plume, fin 1930
Bœufs à l’ombre d’un arbre
Le restaurant 30/40
Paysage, encre de Chine, 1940
Paysage encre de Chine retouchée aux pastels (photo n&b)
Groupe de taureaux, encre de Chine 35/40
Croquis aux crayons, annoté de couleurs, ayant sûrement servi pour une peinture 1960
Troupeau de vaches, 60
Etudes de chevaux, pastels et stylo, 60
Pastels, feutre noir et stylo, 60
Troupeau de moutons, pastels et stylo, 60

Un des enregistrements de mon père par sa fille Michèle en 1975, transcrit quelques années plus tard.

Je m’étais basé sur ces enregistrements et la mémoire de ma mère en 1986, peu après le décès de mon père, pour écrire sommairement un début de biographie qui m’a servit de base pour créer ce site. Je me rend compte maintenant d’avoir oublié pas mal de détails sur la vie de mon père, donc j’ajoute cette transcription ci-dessous.

Interview sur cassette de Gilbert Corsia

Quelques réflexions et  souvenirs… 1975.

(Mon père avait cet accent pied-noir et cette façon rigolote de parler. Ce qui nous charmait encore plus…)

Un musée. Pour un musée, je prévois une construction classique mais vivante. Pas le classique d’enfilade définitif. Classique avec des choses qui bougent. Par exemple une colonne va avoir une position différente par rapport à celle qui lui fait face… même quitte à la faire un peu en biais, un peu tordue, qu’elle ait l’air un peu de basculer et serait rattrapée par l’équilibre de celle d’en face… …naturellement ce serait en belle matière… de la pierre : Peut-être une parenté avec un temple grecque, une parenté lointaine. Le sol… le sol cela n’a pas d’importance, ça peut être un beau carrelage.  Tout autour du musée  il y aura des sculptures mais en mouvement aussi. Des sculptures qui auront l’air de courir autour du musée, de vouloir y entrer. Des choses comme cela qui bougent, qu’il n’y ait rien d’inerte. Qu’il n’y ait rien qui voudrait être définitif.

Centre Beaubourg (Pompidou)

Centre Beaubourg

Justement on parlait du Centre Beaubourg : le peu que j’en ai vu, et je n’ai fait qu’y passer… mais ce qui m’a plu justement c’est que cet espèce de bâtiment insolite, ce truc absurde, baroque, ce truc fait en tubes, en échafaudage, on a l’impression qu’un beau jour il va s’envoler. Tout va partir dans les airs. Donc je trouve que c’est bien, en fin de compte c’est léger. Cela m’a donné une impression de légèreté, de légèreté dans la densité.

Le Musée du Louvre – Vocation de peintre – premiers tableaux

Ce  musée Beaubourg me fait penser au musée du Louvre où j’ai appris à peindre, et où j’ai mis les pieds pour la première fois à 20 ans. L’âge de 20 ans je pourrais appeler cela le printemps, 20 ans c’est le printemps. Le printemps a 20 ans toujours 20 ans, voilà. Je me méfiais de tout ce qui s’appelait musée. Je rentre au Musée du Louvre et je tombe en arrêt devant le Moulin de la Galette de Renoir, entre autres, et cela m’a tellement émerveillé ; prendre un verre avec de l’eau dedans et c’était un verre de lumière.

Renoir, Bal du Moulin de la galette

Je trouvais ça tellement prodigieux et comme je sentais que j’étais peintre… j’ai dit  je veux être peintre absolument, ça devenait urgent et j’ai acheté mon matériel le lendemain même et j’ai commencé un tableau : l’aquarium. C’était vraiment le premier. Un petit tableau, oui c’était peut-être un 8 (46 x 38 cm), un de ces aquariums tout en verre, cylindrique. Donc c’était déjà un peu le cubisme. C’était parfait cette lumière, l’eau et puis, les poissons qui remuent dans l’eau, il y en avait un en argent et l’autre en or. C’est la peinture ça, c’est toute la peinture… les jeux des métaux, le brillant, le transparent. L’aquarium prenait tout le tableau presque. Les couleurs étaient très réelles, comme l’eau de l’aquarium et on voyait un petit côté de mur ou il y avait aussi un reflet vert. C’était valable du premier coup. Je l’ai montré et je l’ai même donné à un ami. Ça l’avait emballé, je lui ai donné, il a voulu l’encadrer, tout. C’était un encouragement. C’était en 1935. Le moulin je l’ai fait en 1937.

Le Moulin, G. Corsia 1935
Catalogue raisonné numéro : 2428. Collection personnelle.

Il y a eu une période de flottement, après ça je ne retrouvais plus. J’avais trouvé cet aquarium et puis, tout à coup je flottais, c’était vaseux tout ça. C’est bizarre, il y a une période comme ça où l’on va directement à quelque chose et on le trouve et puis, après on l’oubli. On ne se trouve plus soi-même, on ne trouve plus les choses. Tout reste encore à refaire, à remettre en jeu.  A la suite d’une opération que j’ai eue en 1937, ma mère m’a envoyé en convalescence et c’est là que j’ai fait le fameux petit moulin.  Là ;  j’ai voulu partir à zéro… j’ai fait une sorte de Corot, comme un petit Corot, que j’ai toujours d’ailleurs. Alors que je le terminais, le meunier me dit… « Faites-le moi en plus grand je vous l’achèterai ». Mon premier paysage d’après nature… déjà on me propose de l’acheter. Alors j’ai foncé… en une semaine je lui ai fait son tableau… plus grand. Il y avait une pièce d’eau qui descendait vers la roue et avant de descendre vers la roue la pièce d’eau était tout en acier, et après ça descendait ça faisait de la mousse, ça faisait du blanc vers la roue. Et il y avait des canards là-dessus. J’ai même fait des canards, des petites taches, des canards à col bleu. C’était dans le Loir et Cher. Alors j’ai fini le tableau, j’étais assez satisfait. Quand j’ai dit à ma mère que j’avais vendu un tableau 1000 fr elle ne voulait pas le croire. Elle croyait que je me moquais d’elle. Il a fallu que je lui montre l’argent… J’ai acheté de quoi peindre, fait un tas de choses, j’ai vécu dessus, quoi. C’était une grosse somme. Le plus beau c’est que j’ai demandé 1000 fr parce que je voulais décourager le meunier. Je ne voulais pas qu’il me l’achète, je me disais c’est trop beau. C’était un grand moulin, il y avait la roue du moulin, le moulin travaillait avec l’eau et il y avait le moulin aussi qui marchait à l’électricité. Il y avait toute une installation. Il y avait le vieux moulin et le nouveau moulin. Le meunier m’a d’ailleurs fait visiter son moulin.  Un gamin de 22 ans qui arrive comme ça… qui est considéré… M. Corsia… un petit verre de liqueur, un petit verre de fine, un cigare ? Il me sort un gros cigare. Après il se met à marchander : enfin M. Corsia, vous n’allez pas me dire que vous gagnez des milles et des cents pour une semaine de travail, quand même ! …Alors il m’a marchandé 100 fr sur les 1000 fr, il m’a donné 900 fr. Et moi je suis parti moitié content,  moitié triste, un tableau comme ça je ne pourrais jamais en faire un autre. Je ne pourrai jamais faire un tableau de cette qualité, de cette valeur. Et voilà. Au même moment, là-bas, j’ai fait plusieurs petites choses… un champ de blé… que j’ai détruit d’ailleurs, par la suite. J’ai fait une étable avec une vache, avec la croupe de la vache qui sort de l’ombre avec le soleil dessus. C’est là que j’ai eu le choc justement pour pouvoir repartir. A la suite de l’aquarium il y a eu cet arrêt et là je repartais avec ça. L’aquarium c’était à la suite de ma première opération aussi. Chez moi tout s’accroche avec des sortes de catastrophes. L’histoire de mes tableaux, mes différentes étapes sont reliées à des catastrophes, chaque fois que je manque de mourir. La première fois c’est mon ulcère perforé, tout de suite après je reprends goût à la vie très fort et peut-être que ça m’ouvre des portes. La deuxième fois c’était 2 ans après une autre opération justement, et ma mère m’a envoyé en convalescence et j’ai fait ce petit moulin. Voilà, et puis, j’ai fait certaines choses encore : un arc-en-ciel dans un champ sous la pluie… une petite pluie fine, et un paysan qui s’amenait de loin, je le voyais avec une fourche. J’avais planté mon chevalet en plein champ, sous une pluie fine et l’arc-en-ciel. Puis, plus il s’approche de  moi,  plus il prend sa fourche d’un air menaçant. Il me regarde, moi je le regarde naïvement…

-Qu’est-ce que vous faites ?…

-Vous voyez bien, je suis en train de peindre…

-Comment en train de peindre,  sous la pluie, comme ça ?

-Je peins un arc-en-ciel, vous voyez bien l’arc-en-ciel là, je suis en train de le peindre dans le champ, il faut bien que je sois sous la pluie pour le peindre.

-Ah bon, je croyais que c’était un fou qui était comme ça au milieu de mon champ.

Les impressionnistes. Quand je suis rentré au Louvre j’ai vu certaines choses,  les grandes tartines, Delacroix, Courbet, tout ça, ça me plaisait assez, mais l’impressionnisme c’était le coup de foudre : Aussi bien Claude Monet, La Gare Saint Lazare. Renoir, tout ça c’était au Louvre avant. C’était quelque chose de tellement sincère… la preuve c’est qu’aujourd’hui encore tout le monde adore.

Monet, Gare St. Lazare

l’impressionnisme. C’est une découverte pour tout le monde si longtemps après eux, alors qu’ils étaient tellement décriés à leur époque ; aujourd’hui ils sont toujours à la mode. Tout le monde aime l’impressionnisme au point de négliger ce qui n’est pas impressionnisme.

Renoir. J’aimais beaucoup Renoir parce que Renoir c’est la femme. Le Moulin de la Galette… qu’est-ce qu’on voit… on voit des jeunes femmes heureuses de vivre, toutes roses. C’est un grand bal avec des lumières, des lampions, ça fait dancing le soir. J’y ai dancé aussi au Moulin de la Galette, par la suite. Le décor était toujours pareil, c’est les petites bonnes femmes qui avaient changé. Voilà c’est ce côté charnel qui m’avait séduit. Mais j’avais beaucoup apprécié Claude Monet, je le mets en tête des impressionnistes, c’est celui qui s’est le plus recherché et  qui a entraîné les autres avec lui. Cézanne lui doit beaucoup puisqu’il disait : il faut faire des portraits comme Claude Monet fait un paysage. Ce peintre qui allait par monts et par vaux, au bord des mers, qui allait traquer la tempête sur sa toile sur place et tout d’un coup il s’est fait son décor à Giverny, et là il peignait sur place, il ne bougeait plus, il avait tout sous la main. C’était une idée formidable et il a d’ailleurs surement été influencé par la suite, lui qui a influencé Cézanne, a été à son tour influencé par Cézanne, parce qu’il a compris que Cézanne c’est un type qui ne court pas après le sujet, il faut que le sujet soit posé sur une table et qu’il ne bouge pas et lui a fait pareil. Il avait son bassin avec les nymphéas, l’eau, la verdure autour, tout ça ne bougeait pas, il n’avait pas à courir après, c’était là. Il sortait de table et il allait faire son tableau. Il sortait de chez lui, il allait continuer sur un autre tableau et le temps passait par là-dessus : le matin, le soir, le midi, le soleil, le temps gris, etc. J’avais admiré Delacroix, Courbet beaucoup, Corot toujours. C’est la poésie Corot. Ça m’a séduit. C’est un poète Corot. On pourrait presque dire que c’est plus un poète qu’un peintre.

Corot

Claude Monet on a du mal à voir sa figure. On voit ce bonhomme avec sa barbe, vieux, alors qu’il a été jeune. On ne voit pas que Claude Monet a été à Honfleur, qu’il a fait des repas à la Ferme St Siméon de Vasouy, chez son ami Boudin et avec Courbet qui était aussi de la bande. Courbet était leur aîné mais ils se retrouvaient comme des gens du même rang, de la même valeur, se retrouvent. Claude Monet aimait beaucoup Courbet, Boudin, Bazille aussi. Bazille qui avait acheté son tableau : femmes au jardin… des élégantes avec de grandes belles jupes qui traînaient sur les graviers. D’ailleurs je l’ai ce livre sur Claude Monet, je l’ai eu à Noël. Ça m’a mieux situé Claude Monet, je l’ai mieux compris. Ses soucis… il se souciait beaucoup quand il faisait un tableau de rendre avec son esprit, ses facultés, de bien rendre le sujet. Ce n’était pas le type qui faisait n’importe quoi, en fin de compte.

Degas c’est un grand artiste, c’est un créateur.  Ses danseuses… elles sont toutes bien faites. La femme qui danse, elle devient tout de suite belle. La danse ça ajoute encore quelque chose. Degas s’est servi aussi de la photographie… c’est un des tous premiers qui s’est servi de la photographie. Il aimait, il adorait la photographie, il en faisait.  C’était les débuts de la photographie. C’était quelque chose qui devait  étonner les artistes. Par exemple il y a une scène de ballet avec le maître de ballet qui tient son bâton, les danseuses autour, on sent très bien que c’est une photo ça, une photo qu’il a transformée en peinture. Ça se voit très bien, ça se sent, c’est trop parfait comme attitude, c’est trop photographique, ce n’est pas cherché. La recherche ça tord les choses, ça les fait différentes. Tandis que là, c’est tellement réel… c’est photographique. Il y a aussi une scène de champ de course ou on voit une calèche noire avec des personnages dedans et il y a un chien. Il avait photographié la scène et après il en a fait une peinture.

Degas

 Degas était un chercheur qui n’avait pas peur de mélanger les genres. Il faisait beaucoup de collages. Par exemple si un pastel ne lui plaisait pas il collait un autre morceau de papier par-dessus et il le retravaillait… un peu comme je le fais. Quand même curieux comme gars. C’était un anti-Dreyfusard. Il s’est brouillé avec tous les juifs qu’il connaissait, qu’il aimait bien d’ailleurs : A un moment donné, par exemple avec le peintre juif, Pissarro, il s’est brouillé avec lui et il en avait de la peine de s’être brouillé parce qu’il parait que c’était un brave type, Pissarro, un très brave type. Un grand portraitiste, Degas. Gauguin disait même de lui : je ne suis pas Degas pour fignoler un pouce pendant 6 semaines. Je me retrouve avec Degas, c’est un peu moi aussi. J’ai fignolé quelquefois un visage, une main, un petit quelque chose comme ça, à l’infini, pour chercher une vérité, quoi. Et puis alors c’était un original. Il a beaucoup fait dans la couleur. Il a trouvé beaucoup de choses dans la couleur, dans les oppositions de lumière, dans les intérieurs. Des choses qui ont amené Bonnard par la suite. Il y a des baigneuses de Degas qui sont presque à la limite de l’abstrait tellement c’est beau. Tout est bien cerné. Ce n’est plus de la photo, c’est vraiment sorti de lui, c’est le travail.  Le désir d’aboutir, de se dépasser.

Gauguin Tahitienne sur la plage

Gaugin. J’aime aussi Gauguin. Il a fait beaucoup de travail dans ses visages. C’était un vrai coloriste. Il a pris beaucoup à droite, à gauche, à Cézanne, à Van Gogh. D’ailleurs tous prennent quelque chose à d’autres mais ce qui compte c’est ce qu’on apporte ce n’est pas ce qu’on prend. Ça n’a pas d’importance ce qu’on prend… c’est ce qu’on apporte. C’est une sorte d’échange continuel. Mais Gauguin j’ai eu du mal à y venir à cause de ses femmes qui sont toujours des métisses. Moi qui aime la femme blanche ça me gênait ça, et puis, après on y vient aussi, on aime aussi ces femmes pleines de santé, ces chairs dorées, tout ça. C’est  tellement bien fait.

Vincent Van Gogh, paysage

Van Gogh je trouve qu’on en parle trop et il finit par m’agacer. Il se plaignait de tout, de Gauguin. Il fait venir Gauguin, il se dispute avec lui et après il s’en plaint. On manque de l’assassiner, il s’en plaint. Oui il avait un coté pénible Van Gogh.  Il avait des grandes vertus, c’était un ecclésiaste de la peinture. Tout était intéressant, les paysages aussi. Au milieu de toutes ses complexités il y avait un grand désir de joie, c’est ça, Van Gogh voulait être heureux comme tout le monde. Son rêve c’était de se marier, d’avoir des enfants comme tout le monde. De gagner sa croûte avec sa peinture. Il n’y a pas réussi non plus. Il est mort en se prenant pour un raté. Il faisait peur parce qu’il avait des brusqueries avec les femmes. Il s’y prenait très mal, il était très maladroit, il était très inquiet. A ses débuts il avait un parent qui s’appelait Mauve… ça m’a toujours intrigué ce Mauve. Un jour il écrit à ce Mauve ; il lui avait surement envoyé un tableau et il voulait son avis. Alors le malheureux Mauve se croit autorisé à donner son opinion et il critique ceci, cela. Van Gogh l’a agoni d’injures si bien qu’il s’est brouillé définitivement avec lui alors qu’il lui avait rendu service. C’était un petit parent à lui. Van Gogh est devenu une sorte de saint de la peinture. Il a une auréole. On ne peut plus rien dire de lui.

Dali, Peche au thons

Salvador Dali, c’est très complexe aussi, un grand artiste. Quand il veut s’en donner la peine il peut faire des choses très importantes. C’est le gars qui est capable de tout utiliser pour l’aboutissement du tableau, pour aller jusqu’au bout de son tableau. Utiliser aussi bien la photographie, la vénus de Milo, une petite photo qu’il a vue d’une petite fille, un chien qu’il a vu aussi soit en photo soit dans une peinture et ainsi de suite et il mélange tout ça et il en tire un Salvador Dali. J’ai aimé toutes les choses importantes, ses débuts aussi. Certaines choses m’ont étonnées, c’est bien peint, on sent vraiment le peintre, le type qui était obligé de se débrouiller dans la peinture. Chez un peintre dès le début on voit s’il est fait pour ça ou pas. On ne peut pas tricher. S’il a fait ce petit paysage d’une telle façon, si ça a un certain charme, s’il est capable d’aller plus loin il ira plus loin. Les mauvais peintres ne font pas des choses intéressantes dès le début. La pêche au thon est un très beau tableau de Salvador Dali.  D’ailleurs il a participé à une pêche au thon pour pouvoir faire ce tableau. Il y a beaucoup d’éléments là-dedans. Il y a des pêcheurs, il y a une mythologie un peu à l’arrière plan. Il y a tous ces petits poissons qui sont là et les thons qui sont transpercés à grands coups de harpons et l’eau qui est toute ensanglantée et il y a un personnage très curieux au 1er plan avec la figure noire avec des grands reflets de couleur. C’est une chose assez vaste assez importante, quoi c’est du bon Salvador Dali. Il y a la Fantasia qu’il a fait pour un milliardaire et qu’il a du vendre un bon prix d’ailleurs. C’est tout un tas de chevaux montés par des arabes. On retrouve même Salvador Dali aussi sur un cheval, en arabe et sa femme Gala, en cavalière, dans le tableau. 

Rambrandt.  Syndic de la guilde des drapiers

Rembrandt, Un peintre qui se reproduit dans un tableau: Rembrandt l’a fait souvent ça et c’est curieux que moi dans un collage j’ai mis un parallèle avec une juxtaposition de Salvador Dali et Rembrandt. C’est curieux je les ai mariés ensemble. Ils avaient un peu cet égocentrisme de se mettre en avant dans leur œuvre. Rembrandt s’est souvent peint. Par exemple, dans La Ronde de la Nuit je trouve que les personnages lui ressemblent souvent.

Dans un tableau aussi… le Syndicat des Drapiers. On ne sait pas ce qu’il s’est passé. Ça n’est pas possible qu’il ait fait le syndicat des drapiers où les personnages lui ressemblent beaucoup. Il y a quelque chose. Surement le tableau n’avait pas plu au drapier. Le syndicat des drapiers d’Amsterdam lui avait commandé un tableau où ils étaient tous là représentés. Et puis, en fin de compte on trouve que toutes les figures ressemblent à Rembrandt. Ça n’a pas plu. Ça arrive souvent quand quelqu’un commande son portrait. Ça ne lui plait pas de voir son vrai visage. Ce qu’il veut c’est un masque. Alors a mon avis, Rembrandt a du barbouiller tout ça et les faire ressembler à des Rembrandt.

Les grands flamands : Rembrandt, Bruegel, Rubens… dans certaines choses. Je n’ai pas de parti pris, j’aime ce qui est vraiment bien, ce qui me touche. Rembrandt ça touche toujours. Ça a été une de mes passions de jeunesse quand  j’étais au début dans la peinture. C’était curieux parce que d’un coté j’aimais les impressionnistes et de l’autre coté c’était Rembrandt qui faisait le contrepoids. 

El Greco

El Greco c’est l’homme le plus libre par excellence. Tous ses tableaux sont hallucinés, tous ses personnages sont hallucinés. Ça dépasse la raison. C’est très déraisonnable mais c’est merveilleux. C’est toujours une grande envolée lyrique.

Un livre sur ma peinture…  La peinture et moi. Il faut que je navigue là-dedans, c’est ce qui donnera de l’intérêt. Puisque c’est une vie de peintre. Il faut qu’il y ait les deux : la peinture et le peintre. De toute façon ma vie a été tellement mêlée à toutes ces choses, à tous ces peintres.

Gilbert Corsia

Ecole de coiffure/Georgette/Portrait de ma mère Ma mère m’a fait entrer dans une école de coiffure pour dames. Fer à friser et tout, comme dans le temps. J’y suis resté 2 mois. Ça me plaisait parce qu’il y avait beaucoup de petites jeunes filles. Certaines assez mignonnes. Il y en avait une qui était assez belle d’ailleurs. Celle que j’ai faite en pastel : mon petit Renoir… ce que j’appelle mon petit Renoir. Toute blonde… une italienne. Une italienne qui s’appelait Georgette. Elle a mal tourné par la suite. Je l’ai retrouvée. Elle se prostituait.  Elle est venue poser pour moi rue Galande, à Paris, où j’avais une petite chambre avec ma mère. Et j’ai fait un pastel, un Renoir inédit… signé Corsia. Et j’ai fait aussi le portrait de ma mère… Le petit Rembrandt… dans cette chambre ou il faisait tellement sombre. Sans poser, je la regardais comme ça, je l’ai attrapée au vol, et d’un seul coup.  C’était en 1936 quand j’étais libéré de la marine. Rien ne m’amusait sorti de la peinture.

Ministère des finances, 1930

Au Ministère des Finances, j’avais à peine 15 ans. J’y suis resté 6 mois. C’était aux Tuileries, j’y étais bien. A midi on allait casser la croûte ou on allait au restaurant, après on allait chasser les cousettes (Jeune ouvrière de la couture) qui venaient de la Place Vendôme. Jusqu’au jour où j’ai eu la malencontreuse idée de… j’avais mangé du merlan au restaurant : j’ai pris tout ce qui restait de mon merlan… de la tête à la queue, entier, impeccable. Je l’ai bien enveloppé dans un papier. Tout ça pour le porter sur le bureau du directeur, un petit bonhomme un peu apoplectique. J’ai cru qu’il allait éclater. Dès qu’il a ouvert ça il a eu un petit sourire résigné, l’air du type qui est prêt à toutes les catastrophes. On était assis en face de lui. C’était un peu comme une classe. On était un tas de jeunes, on classait les coupons de rente… Je finissais par en rêver la nuit moi des coupons. On avait pris le coup avec le pouce, ça valsait : des paquets de coupons. Et le bonhomme de son bureau de temps en temps il levait les yeux de dessus son lorgnon et il nous regardait. Alors tout de suite son premier regard a été pour moi. Tout de suite j’ai été repéré. Alors aussitôt il est devenu tout rouge… mais d’abord ce sourire résigné qui voulait dire je ne suis bon que pour les catastrophes. Après ça il me convoque devant le conseil de discipline du Ministère des Finances, dans une salle avec du velours sur la table, du velours vert. Tout ça pour un petit bonhomme de 15 ans qui classait des coupons de rente et pour une petite arête de merlan frit.

Je suis arrivé à Paris au mois de juillet et tout de suite ma mère m’a trouvée une place comme groom à l’Hôtel du Louvre. Ça me plaisait parce qu’il y avait un certain luxe, parce qu’on était nourri, ce n’était pas désagréable, ce n’était pas fatigant. Il n’y avait rien de fatigant. Il fallait faire des courses, aller acheter un paquet de cigarettes, etc. En plus on avait des pourboires. C’était pendant les vacances. J’ai fait 3 hôtels comme ça, au même moment, coup sur coup. Après j’étais à l’Hôtel George V, c’était le 2ème. J’aimais beaucoup parce que des fois on était de garde la nuit, on était avec les chasseurs. Parce que d’abord il y a le groom, le chasseur et le concierge – le grand caïd -, et la nuit il y avait les femmes. Le 3ème hôtel c’était l’Hôtel de la Tremoille. Un hôtel moins important mais douillet, plus intime. Je n’ai jamais gagné autant d’argent de ma vie et c’était bien tombé parce que mon beau-père était au chômage, c’était déjà la crise, la grande crise. C’était un jour de juillet 1929. Il y avait un chômage terrible en Amérique. Tout s’était effondré. Des fortunes avaient complètement sombrées. Les crises on ne sait pas d’où elles viennent. Peut-être à la suite de certaines maladresses financières, des abus, des incompétences, des négligences. C’est un peu comme un tremblement de terre qui arrive on ne sait pas trop d’où. Ça s’est préparé en sourdine sous la terre et puis, ça arrive. Et il y avait cette crise et mon beau-père  ne travaillait pas à ce moment-là et moi j’arrivais avec 2000, 5000, 4000, 8000 ou 10000 francs en poche, en 1929. Il faudrait presque multiplier par 40… de très grosses sommes. Alors je pliais mes petits billets de 5 et 10 francs… je les pliais en tous petits carrés. Je ne sais pas pourquoi, j’avais cette manie. J’amenais tout à ma mère… tout. Je ne me payais même pas un croissant pour tout garder pour ma mère. J’étais content de l’épater avec tout cet argent. Le seul souvenir que j’ai aussi c’est qu’il y avait une galerie de vitrines de parfums, de bas, de sacs, des beaux sacs de luxe et il y avait là une vendeuse, une jeune fille pas mal du tout, très fine. Moi, j’étais amoureux d’elle. J’avais à peine 14 ans, elle avait peut-être 20, 22 ans. Et alors je me penchais et quand elle était penchée, dans l’échancrure de son corsage, je voyais ses petits seins, alors j’étais heureux comme tout, j’en rêvais. Voila une vie comme ça. Après j’ai repris au Collège de Pontoise mais c’était foutu, j’avais connu la vie, l’argent, le luxe même, bêtement, qui n’avait rien à voir avec moi. Je suis resté au collège encore 9 mois. C’est la que j’ai eu toutes les catastrophes avec mes petites sœurs. Il y en a une qui est morte l’espace d’un weekend… Alors que je venais tous les weekends, le samedi et je repartais le lundi matin. Alors j’arrive un weekend et il y en avait déjà une qui était à l’hôpital morte et l’autre bien malade aussi et la semaine d’après toutes les deux étaient mortes. Alors ça m’a dégoutté complètement du collège. Les deux petites filles, Roland, moi, plus mon beau-père et ma mère (Roger n’était pas encore né)… vivions dans une petite chambre, Impasse Putigneux. Un nom prédestiné, ça devait être une petite rue pour des putains quelque chose comme ça… Impasse Putigneux.

L’impasse Putigneux, également appelée cul-de-sac Putigneux, est une ancienne voie située dans le 4e arrondissement de Paris et qui a été supprimée en 1991. Son nom, qui date du xive siècle, est composé de 2 mots : « pute » et « teigneux ». En effet, cette rue était alors habitée par des prostituées (!)

J’étais arrivé d’Oran tout seul. Quand j’ai quitté le lycée d’Oran ma tante Anna m’a embarqué sur le bateau et à partir de ça j’étais tout seul avec un petit papier : Impasse Putigneux au 12 ou 7 ? J’arrive à la Gare de Lyon tout seul, il faisait beau, il y avait du soleil. Ma mère m’avait raté je ne sais pas pourquoi, peut-être qu’elle n’avait pas été prévenue du jour exact. Et puis, je vois : Métro. J’avais une petite valise, je me dis tiens on va voir ce que c’est que ce métro. Je suis dans le couloir et j’entends un grands fracas et il y a tout un train qui s’amène dans un couloir. Ça m’a vraiment étonné ça. Je monte, n’importe quelle direction, j’ai pris au hasard, je ne savais pas ou aller : Il y avait direction Vincennes-Maillot et j’avais pris Maillot donc du bon coté. Alors à 2 ou 3 stations… Saint Paul, je suis descendu et puis, je demande Impasse Putigneux ? …connait pas… Si bien que je vois un juif, marchand de chiffons, avec sa toute petite charrette. Il me voit arriver et la 1ère chose qu’il me demande : yiddish ?… je dis oui, je lui montre mon papier Impasse Putigneux. Alors il m’a emmené Impasse Putigneux. Ma mère n’était pas là, elle avait appris que j’étais arrivé et elle avait été à la Gare de Lyon, alors que moi j’étais là… enfin, la concierge me donne la clé, je suis monté et je me suis allongé parce que j’étais fatigué. Voila pour Paris… Mais moi dès que j’ai mis les pieds à la Gare de Lyon c’était fini, j’étais Parisien, j’oubliais l’Algérie, j’oubliais tout, tout de suite j’ai adopté Paris, tout de suite le 1er jour dès que j’ai mis le pied la Gare de Lyon j’étais Parisien. J’ai tout aimé à Paris.  

Collège de Pontoise. J’ai connu le Collège de Pontoise après les vacances. Je ne sais plus où ma mère avait dégoté ça. C’était un collège pour gens riches le Collège de Pontoise. Il y avait même un prince Indochinois qui était là. J’avais sympathisé avec lui. Ça venait de tous les pays, il avait des Russes… des gosses Russes prétentieux. Il y avait 3 Russes, Il y en avait un qui te faisait des grandes protections, des grandes amitiés et tout d’un coup il te foutait un coup de poing quelque part parce que quelque chose ne lui avait pas plu. Un autre, qui faisait le clown et qui voulait absolument faire admirer ses prouesses. Pontoise c’est un mauvais souvenir. Je n’ai rien aimé là. Je n’aimais plus les études, rien ne m’intéressait.

Simone. Quand Jacqueline et Roger sont nés je vivais toujours avec ma mère, Jacqueline je l’ai retrouvée quand j’étais à la campagne chez sa nourrice, en 1937. J’étais encore avec ma mère jusqu’en 1938. C’est quand Simone est arrivée. Son père me l’a laissée : « Vous en avez fait votre concubine, vous n’avez plus qu’à la garder maintenant ou alors choisissez la correctionnelle ». Il me menaçait. Voila, ou je vous fais passer en correctionnelle pour détournement de mineur ou alors vous la gardez. Alors entre deux maux j’ai choisi le moindre, Simone pleurait comme une fontaine. Alors je lui ai dit : ça te plait de rester avec moi ? Elle dit oui… alors reste. Bon laissez-la, j’ai dit. Quels parents. Ma mère a rouspété, j’étais déjà à  sa charge et en plus je lui amène une femme et en plus elle était enceinte. C’est pour ça que ses parents l’ont mise à la porte. Et puis, ma foi on n’était pas plus malheureux. J’étais content d’avoir une femme à moi mignonne et tout. J’avais 23 ans, elle en avait à peine 18. Michèle était en route …

Auto portrait et portraits de Simone, Françoise et Michèle
Portrait de Françoise, 40/45 Coll. Françoise
Scène d’intérieur photo à l’endroit, dont mon père a curieusement inversé l’original… 1944 Coll. Françoise
Dessin original inversé…
Photo original de l’intérieur…
Portrait de Michèle au crayon 40
Bouquet en collage, 70 CR 4046
Petit croquis du Bassin d’Honfleur pendant la fête des marins et pécheurs avec annotation des couleurs, 70
Le bassin d’Honfleur
Portraits de femmes avec nu, 75 CR 4718
Nus en pastels, 80
Abstrait, pastels et collage, 70 CR 4417
Paysage pastels et acrylique, 75 CR 4334
portrait de femme sur fond abstrait, pastel et collage, 75
Nu des années 60, pastels et crayons. Apparaît dans la Gazette de Drouot,, catalogue de salle de vente de Drouot
Bouquet et pichet 1960
Jardin de la villa de Pennedepie 1960

Arlequins 70 Collection du comptable du restaurant en 68 et 2 ci-dessous
Arlequins 70
Voiliers 70
Les cavaliers 70
Arlequin aux pastels 75
Abstrait d’après collage, acrylique 1980

Abstrait d’après collage, acrylique 1980
Pastels sur canson 75
Sonate bleue pastels sur canson 75

Deux oeuvres trouvées sur Google et en vente sur ebay

Nu érotique vers 1950
Bouquet de Dahlias au pichet et vase de verre vert, 1960

Collection de ma sœur Michèle

Pastel, acrylique sur une base de lithographie, 1975/80
Visage pastel/collage 1975
Collage, pastels, 1975
Rue de village pastels, acrylique, 1980
Nus au pastel noir, 1970
Pastels 1976
La moisson, encre de Chine, 1943
Pastel, bouquet 1964(9) Collection de ma nièce Rafaële

Deux très belles oeuvres de 1960 que j’ai trouvées sur Google, sur le site Proantic. Avec toutefois quelques erreurs qui devraient être corrigées ; sur le nombre estimé de 800 oeuvres délivrées à K.G. et non pas le nombre de toiles produite par mon père et la vue sur le jardin arrière de la villa de Pennedepie et non pas d’un parc au printemps…

Vue sur le jardin, derriere la villa. 1960
Bouquet aux deux pichets, 1960 huile sur Isorel 38x46cm

Magnifique brochet plus vrai que nature… sur Lot-Art, salle de vente.

Nature-morte au brochet, Huile sur isorel, Signé en bas à droite, 51 x 73 cm, 1950

Quelques oeuvres de la collection de Françoise. (Ci-dessous)

Le Christ, pastels, 70
Simone et Françoise, dessin à l’encre de Chine coloré plus tard. Fin 1940 CR 1465
La ferme, encre de Chine et pastel 1944 CR 1198
La route bordée d’arbres 1948 (Coloré aux pastels, plus tard) CR 1203
Moissonneurs vers 1940, encre de Chine, coloré plus tard
Champs, encre de Chine, 1942 coloré plus tard CR 1222
Village vu d’un champs, encre de Chine, 1940, coloré plus tard CR 1219
La voie de chemin de fer 1950, encre de Chine coloré plus tard CR 292
Jambes de bébé supportées par Gilbert, probablement derriere un dessin annoté du catalogue raisonné en cours CR N* 1478 avec dimensions 50.3cm x 38.5
D’apres la leçon d’anatomie de Rambrandt.1946 Encre de Chine plus tard colorée aux pastels, CR 1402
Allée sous les arbres, 1944 encre de Chine, colorée plus tard
Rue de Torcy 1959, encre de Chine colorée plus tard aux pastels
Sortie de sous-bois, peinture sur carton, vers 1940 CR 2085
Village, pastels et feutre noir, probablement reprit d’un dessin à l’encre de Chine de 1940
La cloture, peinture sur papier 1970/75
Voiliers au port, Trouville ou Deauville (?) 1980. Huile sur papier
La ville (?) 1980 huile sur papier
Le village, pastel sur Canson 1980
Paysage aux pastels
14 juillet… (?) Pastels & acrylique sur Canson, 1980
Portraits, acrylique & pastels sur papier, 1980
Portrait de femme pastels & acrylique 1980
Portrait de femme, acrylique & pastels, 1980
Portrait de femme sur une litho, pastels & acrylique, 1980
Portrait de femme au collage & pastels sur papier peint 1972
Portraits de femmes, Acrylique & pastels, 1980
Portrait de femme aux pastels & feutre noir, 1975
Portraits de femmes, pastels & acrylique, 1980
Portrait de femme aux pastels sur Canson, 1975
Portrait de femme, collage & pastel sur Canson 1975
Portrait « Le Christ noir » collage & pastels 1975
Portrait à la poupée, pastels sur Canson, 1975
Portrait de fumeur, acrylique & pastels sur Canson
Portrait de femme aux boucles d’oreilles, pastels sur Canson, 1975
Portraits de mécontents … pastels & acrylique, 1980
Portrait de femme d’apres collage, pastels, feutre noir & acrylique sur Canson, 1980
Portraits aux pastels, 1975
Portraits d’arlequins, pastels, collage d’envelope et acrylique sur Canson, 1980
Portrait de femme, feutre & pastel noir sur papier peint, 1970 CR 512
Portrait de femme aux pastels, 1975
Portrait de femme aux pastels, 1975
Portrait de femme aux pastels, feutre noir sur Canson, 1975
Nus, acrylique & pastels sur Canson, 1980
Nus, pastels sur Canson 1970
Nus et mains de l’artiste, pastels sur Canson
Danseuses, pastels sur Canson, 1975
Abstrait aux pastels
Portrait en collage & pastels, 1975
Collage abstrait & pastels
Abstrait aux pastels, 1975
Pastels aux oiseaux, 1975
Pastel, pense-bête… 1975
Bouquet collage & pastels, 1975
Abstrait acrylique & pastels 1980
Bouquet aux pastels 1975
Elégantes, pastels & collage 1975
Groupe de femmes, pastels & acrylique, 1980
Bouquet aux pastels, 1975
Bouquet collage & pastels, 1975
Faux monnayeurs, pastels & collage, 1975
Cavalier (?) Pastels & acrylique, 1980
Femmes et chevaux, pastels, 1975
Groupe de chevaux, pastels & feutre noir
Don Chicote qui chute, pastels & collage, 1975
Hercule (?) Collage & pastel, 1972
Les soldats de plomb et l’artiste, pastel sur Canson, 1975
Serie Cinéma, pastels & collage, 1970
Cinéma, pastels & feutre noir, 1980
Cinéma, pastels & feutre noir, 1975
Cinéma, pastels & acrylique, 1980
Faux monnayeurs… Pastels & collage, 1970
Dépravation cubique d’un piano à queue, pastels, feutre noir. 1970
Figures abstraites, pastels sur Canson, 1975
Abstrait, acrylique sur Canson, 1980
Faux monnayeurs, collage & pastels, 1970
Abstrait, pastels 1975
Ciseau, équerre, lame de rasoir & pastels. 1974, pastels sur Canson
Maquillage, pastels & acrylique, 1980
Faux monnayeurs, pastels & collage, 1970
Kandinsky, 1975, pastels, feutre noir & encre de Chine

Quelques photos gracieusement envoyées par les descendants de Katia Granoff

Accessoires de bain, fin 50
Brochet et truite, fin 1950
Plat de sardines, fin 50
Plat de maquereaux, fin 50
Dorade rouge, fin 50
Plat de Sardines et plat en terre cuite vernie, 1950, vendu aux enchères à Amsterdam.

Cet Article vient juste de paraître dans le journal Normand Ouest-France dans lequel de nombreux articles sont parus sur Gilbert Corsia et dont un des journalistes, amie d’enfance m’avait demandée de rédiger un court texte relatant la vie de mon père et ses enfants à Pennedepie.

(Quelques erreurs ont été faites par le journal. Mon père vivait avec sa mère, rue St Victor depuis fin 1930. L’achat d’une Citroen C4 de 1930 lui permit de visiter la Normandie. Mon père découvrit Overs-sur-Oise et les tombes de Vincent et Théo (Pas Monet, ni Giverny). La villa se nommait Villa Beauséjour. 3000 oeuvres ont été répertoriées plus une estimation de 800 livrées à Katia Granoff)

Article paru dans le journal Ouest-France
Bougeoir et bouquet sur un coin de cheminée à Pennedepie, 1960
Bouquet et livres en pastels 1975
Compotier, bougeoir et bouquet, 1960
Pichet et bol jaune, 1950
Compotier, assiette de raisins, 1960
Abstract pastel sur Canson 1975 CR 353
Groupe de nus 1965 CR 751
Danseurs pastel sur canson 1975 CR 816
Arlequins pastels sur Canson CR 859
Bouquet a l’encre de Chine de 1949, plus tard colorié
La maison et ses grilles, encre de Chine coloriée vers 1945
Croquis de la villa de Pennedepie vue de la tonnelle avec annotations de couleurs 1960 CR 1635
La plage de Deauville et les planches, dessin aux crayons 1960 CR 1683
Autoportrait, pointillism, 1980 CR 2073
Groupe de nus, 1980 CR 2521
Groupe de nus en ville (?) 1980 CR 2600
Portrait de femme au chapeau, 1980 CR 2663
Portrait de femme 1980 CR 3158
Portrait de femme 1980 CR 3334
Groupe de nus et maison 1975/80 CR 3632
Autoportrait pointillisme et collage 1975 CR 4003
Abstrait collage et pastels 1970 CR 4288
Aquarium de couleurs, abstrait pastel et collage sur Canson 1975 CR 4558
Nus géants sur la ville collage et pastels 1975 CR 4345
Abstrait pastels et collage 1975 CR 4589

Portraits de femmes

1977 marquera le début d’un ouvrage sur le thème de la femme intitulé « Portraits de femmes » Il se compose de huit lithographies représentant différents portraits de femmes  faits à différentes époques, accompagnés de dix-huit poésies. Dans cet ouvrage, il rend un véritable hommage à la femme, celui d’un peintre et d’un poète certes, mais surtout celui d’un homme amoureux fou, sans cesse en admiration devant l’éternel féminin ; la femme source d’amour et de vie. La douceur, la tendresse et bien sûr la féminité, telles sont pour lui les qualités essentielles chez une femme ; elles s’appelleront : Betty, Françoise, Juliette, Nelly, Eve, Marie, Odile… et d’autres encore qui, à une époque donnée, l’ont inspirées. Plusieurs articles paraîtront dans différents journaux pour relater cet événement : « Le Figaro-Paris-Normandie » du 21 Septembre 1977 : « Découvrez avec Corsia « portraits de femmes »

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Portrait de jeune femme, 1970
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La femme chatte, 70
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La cavalière, 70
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La vieille dame, 70
Portrait collage, 70
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La femme au chapeau, 70
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Maternité, 70
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« Commence a aimer… », 70

Les huit lithographies composant l’ouvrage : « Portrait de femmes »   75 x 53.7cm

« Le Figaro – Paris-Normandie » du 7 Octobre 1977 « Un hymne à la femme» signé Corsia. « Ouest-France » du 7 Octobre 1977 et « le Pays d’Auge » du 21 Juillet 1978 : « Aux arts de l’enclos» Corsia présente son nouvel ouvrage Lithographique. « Ouest-France » du 25 Juillet 1978 « Le peintre Corsia se fait aussi poète. » Un exemplaire de cet ouvrage sera remis à son ami Fernand Ledoux

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Fernand Ledoux entre Michèle Morgan et Jean Gabin dans le film Quai des brumes de 1938

Fernand Ledoux est un acteur français d’origine belge, né à Tirlemont, en Belgique, le 24 janvier 1897, mort à Villerville (Calvados) le 21 septembre 1993.

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Villerville à 2kms de la Planche de Pierre après Criqueboeuf. Vue du Cabaret Normand ou a été tourné le film « Un singe en hiver » avec Gabin et Belmondeau
Affiche du film de 1962
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Eglise de Criqueboeuf
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Un arti­cle paraîtra dans « le Pays d’Auge » du 25 Juillet 1978, dont voici quelques pas­sages : « En sortant du salon des artistes Honfleurais, Fernand Ledoux est passé par la galerie « Les arts de l’enclos », où il a retrouvé son ami Corsia. Ce dernier se fit un plaisir d’offrir son nouvel ouvrage lithographique au célè­bre acteur. Un fort beau cadeau auquel Fernand Ledoux fût très sensible »   « L’Eveil Côte Normande » du 27 Juillet 1978 : « Du nouveau dans la lithographie »  Un autre livre encore sera offert au Musée de Trouville. Un article paraît dans « Le Figaro – Paris-Normandie » le 6 Octobre 1978, Beau­coup de personnalités de Trouville étaient présentes… Toujours dans le chapitre des Musées… Gilbert entrera au Musée Eugène Boudin d’Honfleur, en faisant don d’un livre de lithographies. Beaucoup d’articles suivront… Entre autres, une présentation de ses toiles se fera au collège Charles Mozin de Trouville.

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Pour la presse, improvisant devant le photographe
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En 1942 à Paris sur le même piano. Photo prise par un journaliste de Time life.
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Dans son atelier pour des photos de presse
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L’atelier de Gilbert comme il l’avait laissé en Octobre 1985
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Posant pour la presse
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Posant toujours pour la presse
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La falaise et la mer sous l’orage, encre de Chine 1940

D’autres portraits de femmes qui auraient pu être reproduits en lithographies…

Portrait de femme acrylique,80
Portrait de femme collage, 70/75 A peut-être servit de base a une peinture du même portrait ci-dessous
Portrait de femme peinture, 75/80
Portrait de jeune femme, collage et pastels 75

L’Auberge Corsia

Je me rappelle vaguement de cette époque où Gilbert avait transformé la villa en hôtel, restaurant, en 67 je crois. Je me souviens seulement avoir vu beaucoup de monde envahir mon domaine d’enfant timide maladif. Tous ces inconnus qui avaient tout d’un coup tous mes droits ; aller d’une pièce à l’autre, impunément, fouler l’herbe du jardin, toute l’herbe ! Quelle époque détestable ! (A part la nourriture soudainement en abondance et les quelques jus de fruits que j’allais siroter dans la remise… Pardon papa…)

Unique carte de visite rescapée de cette époque restauration

J’étais trop jeune encore pour me rendre compte du travail qu’il fournissait à cette époque. Il faisait les courses, la cuisine, servait les clients avec ma mère. Je ne sais pas comment il trouvait encore le temps de peindre, en fait, je crois qu’il ne peignait plus beaucoup. Lorsqu’un client demandait une grillade, il filait discrètement prendre sa voiture et fonçait au village voisin à deux kilomètres, chez le boucher, et revenait non moins rapidement pour la faire cuire et la présenter au client, ravi d’être servi d’une entrecôte vraiment cuite à son goût… Quelques « personnalités » plus ou moins connues vinrent séjourner ou se faire servir dans son restaurant et acheter quelques œuvres… Il abandonnera la restauration en 1973, peu après un grave accident où j’ai failli perdre la vie. Il écrivit dans un de ses poèmes « Un bureau Henri II » qu’il n’avait pas aimé les années 1967 à 1973.

Je dois citer mon frère aînée Jean-Jacques qui soutint mes parents, financièrement entre les périodes où mon père vendait ses œuvres.

La villa de Pennedepie depuis le portail du jardin avec l’atelier à gauche en 1985
Coté de la villa huile sur Isorel 1960

Une lente évolution de son art vers l’abstrait

Gilbert a commencé sa carrière par expérimenter divers techniques qu’il gardera ou abandonnera au long des années. Ses premières œuvres étaient très figuratives, comme l’Aquarium, La Cour, ou Le Moulin dont il peignit différentes versions où sa techniques commençait à évoluer.

La cour en 1935, l’enfant est la demi-sœur de Gilbert
Le moulin à eau 1935
Une des versions du Moulin vers 60, figurant sur le catalogue d’exposition rétrospective K.G.
Autre version du moulin 60

Déjà il me semble qu’on peut remarquer en certaines de ses toutes premières œuvres un semblant d’évolution vers l’abstrait.

1937
Compotier 1940, collection D. Bourdette
1940

Ses premiers dessins au crayon très figuratifs d’un style qu’il abandonnera rapidement.

dessin au crayon 1935
Le Panthéon vu du Jardin du Luxembourg
Portrait de femme, 1937 collection de Françoise
Portrait du Christ au crayon 1935

Il disait qu’un jour où il était entré aux toilettes d’un café il avait remarqué un graffiti représentant un nu de femme d’un style très explicite… Les traits étaient intenses, très marqués et il pensait, comme le désir de ce type qui a dessiné ce nu devait être incroyablement ardent. Il adoptera une technique similaire de dessin en lignes très accentuées. (Technique utilisée par Bernard Buffet dont Mme G. Ducret, tenante de galerie où Gilbert était exposé en 1948, rapportera dans une lettre (publiée dans un autre chapitre), ainsi que dans un article de presse, qu’il s’en était inspiré)

Dessin de Bernard Buffet
Encre de Chine de Gilbert Corsia en 1940 et suivant

Les années 1950/1960 marqueront la période K.G. où il a peint les plus belles et le plus grand nombre de natures mortes d’un style qu’il n’aimait pas vraiment mais qu’il gardera jusqu’au moment ou il cessera de livrer K.G. de ses œuvres

Bouquet de fleurs et réveil 1940
Bouquet au vase transparent 1940
Bouquet au miroir 1940
Bouquet aux deux vases 1950
Oranges et mimosa 1945
Autre version d’oranges et mimosa 1950
Tasse de chocolat 1960
Nature morte, seule photo en N&B 1950
Nature morte 1950

Après qu’il ait courtoisement remercié K.G. début 60, son style de peinture devint aussi éclatant de couleurs que différent en sujets

La voie de chemin de fer 50/60
Intérieur du salon à, Pennedepie 1960
La rivière 60/70
Portrait de femme 1970
Portrait d’arlequin aux pastels 1970
Bouquet abstrait 60
Les barques, pointillisme 70/80
Les joueurs(joueuses) de cartes 80
Abstrait 70
Portraits de femmes 75
Chemin de fer abstrait 70 (et suivant collection de Michèle Galice)
Abstrait 70/80
Portrait abstrait, aux pastel, 75
Portrait pastels et collage, 75/80
Portrait à l’enveloppe, collage et pastels 75/80

Articles de presse publiés dans divers journaux et revues d’art

Gilbert paraîtra régulièrement dans les journaux avec des articles le qualifiant bien souvent déjà, de génie de la peinture… Tel que, par exemple, dans « Arts », revue de peinture de 1947, où il cite une rencontre avec une certaine « Betty Canon » « Une nuit où je me trouvais au « Tango », bal musette situé rue Aumaire, je re­marquais sur la scène exigu, une chanteuse dont la voix, comme déchirée, me troublat jusqu’aux larmes. Elle n’était certes pas des plus jolies, courte de taille, grosse caboche avec des orbites effarées affleurant son front… un peu, quoi, un hibou mélancolique mal éveillé ! Sa chansonnette débitée, elle sautait du plancher et fit la quête dans un pauvre plateau cabossé. Je ne sais quel mystère me liait bizarrement à elle ? Lorsqu’elle passât devant moi, je déposais généreusement dans son plateau une pièce de dix sous. Elle me gratifia néanmoins d’un sourire ami ; quelques instants après, nous étions assis côte à côte devant une petite table…

Edith Gassion en 1934

Elle me dit qu’elle s’appelait Betty Canon (Edith Gassion) chanteuse inconnue, obscure, de quelconque bastringue. Quelques années s’écoulèrent quand j’entrais par hasard au « Le Gerny’s » cabaret à la mode, rue Pierre Charon, aux Champs-Élysées.

Une chanteuse demeurait encore sur scène. Je reconnus ma petite amie du bal musette, mais frusquée « À la riche ». Betty Canon était devenue la célèbre Môme Piaf ! Je lui murmurais : « Te souviens-tu du marin ?… alors elle versa quelques larmes… »

Edith Piaf

Plus farfelus et presque à pleurer tant cet article est truffé d’idioties… début 1960, dans France Dimanche qui vint interviewer Gilbert probablement à la suite de cet article dans la revue « Arts » et fit paraître en première page : « Corsia, le Légionnaire d’Edit Piaf »

A noter en arrière plan, la grande fresque que mon père avait accroché au mur de l’appartement et dont les détails sont montrés ci-dessous.

Une lettre de Marcel Gimond, ami de Gilbert, suivant une exposition à la galerie K.G. « Mes compliments, Cher Corsia, voilà de la peinture faite pour durer plus qu’une saison. Je regrette d’avoir été pris le jour de votre vernissage. Je profite de mon premier moment de liberté pour venir. Je me retire, sans déception, ce qui est rare de notre temps. Je joins mes compliments à Katia et à Rose. A tous, mes bons souvenirs. » M. GIMOND.

(Marcel Antoine Gimond (1894–1961) Est un sculpteur Français connu pour ses bustes, statues et portraits en bronze)

Autre article étonnant de détails erronés : « CORSIA QUI EXPOSE ACTUELLEMENT CHEZ KATIA GRANOFF CRAINT PLUS LA HAUSSE DU PRIX DES LEGUMES QUE L’INCOMPREHENSION DU PUBLIC » « Corsia, à trente ans, expose chez Katia Granoff ses premiers tableaux. Ils sont peints avec la maturité d’un homme habitué depuis longtemps à la lutte contre la matière qu’il aime dans toute sa plénitude. « Lorsque Corsia ne peint pas, il tient la boutique de ses parents », (Ses parents (?) sa mère n’a jamais eu de boutique et son pauvre père décédé en 1914 !) Ceux-ci (?) et cela est déjà arrivé à d’autres pères et à d’autres mères d’artistes, vendent des légumes. Ces jours-là, partant de la rue de Rennes (Lagrange !) Corsia traîne la charrette un peu comme un chien qu’on fouette. En vérité, il n’aime que la peinture. Il en fait sur de vieux chiffons (?) des mor­ceaux de draps usagés, des cartons, des planches pourries… (!) Que sais-je ? Et jus­tement parce qu’il exerce un autre métier, bien des gens penseront que le peintre authentique dont il s’agit est comparable à tant de braves artisans qui prennent leurs pinceaux le dimanche, exactement comme d’autres vont au café, à la pêche ou au billard. Non ! Corsia n’est pas un peintre amateur. Il y a déjà dix ans qu’il lutte courageusement contre le motif. Il travaille en pleine pâte. Un jour, il peignit Notre-Dame sous une pluie battante, et il y a trouvé des richesses que d’autres n’avaient pas pressenties avant lui.

Notre-Dame sous l’orage 1955

Dans ses dessins surtout, Corsia pose les bases de cette troisième dimension qui intéresse autant les peintres que les philosophes. Il y a des moments où il la rend presque présente.

Encre de Chine, le moulin 70

Trop peu connu et aussi trop pauvre, Corsia n’a pu trouver de préfacier. En quelques lignes, il se présente lui-même. Il raconte qu’il fabrique ses couleurs en mêlant des poudres à l’huile de lin, technique qui le rapproche des plus grands anciens. « L’an dernier, les oranges se vendaient bien ; Corsia faillit abandonner (!?) la peinture. Aujourd’hui, la plus méchante histoire qui pourrait lui arriver, c’est la hausse des légumes ».

Autre version d’un moulin encre et pastels 1950

Cet autre article (Avec un C au lieu d’un S…) : « CORCIA L’AFRICAIN… » « Est-ce qu’il a été tout d’abord marchand d’oranges, poussant lui-même sa voiture des quatre-saisons, que Corcia montre chez Katia Granoff de si belles natures mortes ? Ce jeune Africain du Nord aime la nature somptueuse ; tous ses derniers tableaux exécutés en pleine pâte ont la beauté de l’émail. Il est arrivé à faire d’après sa fille, en y travaillant plusieurs mois, un véri­table portrait d’âme ».

Françoise et Michèle, filles de Gilbert. Deux portrait qui figurent sur une grande fresque sur toile probablement 3m sur 2m. Partie gauche
Partie basse de la fresque
Partie haute
Simone, détail sur la fresque

Il passera également dans la « Revue du Bureau International de Documentation », le 15 Avril 1955. Dans les « Arts », en 1959. « Les Lettres Françaises », le 25 Mai 1961. Un an avant, le 27 Mai 1960, la Direction Générale des Arts et des Lettres du Ministère des Affaires Culturelles, lui fera parvenir une lettre de proposition d’achat pour une toile intitulée : « Nature morte à la boite bleue » 

Natures mortes à la boite bleu, achetée par le ministère
de la culture en 1960, huile sur panneau d’isorel

Cette fameuse toile a été achetée, par l’Etat, à la suite de cette proposition, pour la somme de 1500 Frs, environ, ce qui faisait considé­rable pour l’époque.

Lettre d’offre d’achat

Elle se trouvait depuis 1963, pour je ne sais quel obscure raison, au musée de l’hôpital militaire du val de Grâce, où je crois mon père avait dû séjourner pendant sa période dans la marine, remisée depuis 1980 dans un grenier, jusqu’en 1997, date prévue de fin des travaux de restructuration du musée. J’ai fait une demande pour voir cette oeuvre, en 1996 mais j’ai été extrêmement mal reçu par le conservateur militaire… (Après ma lettre du 22 Avril 1997, la toile a été restituée au Fnac. (Fond Nationale d’Art Contemporain)

Lettre du FNAC

Toujours en Mai 1961, dans la revue « Peinture fraîche » à la suite d’un article sur Raoul Dufy, on peut lire le concernant : CORSIA Galerie Katia Granoff  « Est-il connu selon ses mérites, ce Corsia, puissant pétrisseur de pâte colorée ? C’est d’un épais crépi que surgissent, harmonieux, clairs et d’un chromatisme savamment ordonné, ses paysages et ses natures mortes. Pas plus que Bouche et Cottayoz, Corsia ne fait un système de sa technique par empâtement. Ils varient selon les sujets et la lumière. Ils ne cessent de dépendre de l’organisation de ses sensations »

Continuons dans les années 1960, plus précisément le 3 Octobre 1962, dans le journal « Paris-Normandie », cette fois-ci encore un bel article. Suivront une cascade d’autres dans divers journaux que voici : « Cannes-Festival » du 28 Février 1963,  « le journal de l’amateur d’art » du 25 Février 1963 « L’Indépendant Honfleurais » du 16 Février 1963 « l’Humanité » du 8 Mars 1963 et « France-Soir » du 2 Mars 1963 dont voici l’article : « CORSIA, ancien vendeur des quatre-saisons, peint des natures mortes somptueuse avec un art incomparable, il sait faire dire leur romance aux objets les plus simples en employant une pâte somptueuse, émaillée, proche à la fois de Soutine et de Braque. Élevé en Algérie, Corsia est fixé désormais sur la Côte de Grâce près d’Honfleur, et ce n’est pas la moindre qualité de son tempérament que de savoir exprimer toute la finesse du paysage normand.»

Chemin à travers champs 60
Chemin et poteau électriques 50/60
Champ de blé 50/60
Paysage 50/60

D’autres encore d’Honfleur : « l’Eveil », « le Pays d’Auge » Encore un très bel article dans « Paris-Normandie » du 23 Juin 1967, où il sera question de sa première exposition libre. Et toujours une pléiade d’articles à quelques années d’intervalle… Gilbert exposera à Deauville, en 1973 en avant première sur Paris dans une exposi­tion intitulée « Les grands peintres juifs d’expression Française » Autour de Chagall, Modigliani, Soutine. Sur dix-sept toiles demandées, une seule sera réellement exposée, sans raison apparente…

Suivra à la même période, toujours dans le chapitre des expositions, celle du groupe des cinq où Gilbert failli d’ailleurs ne jamais exposer ; les autres peintres, peu talentueux, créant une véritable pagaille dans cette galerie, s’appropriant tous les murs. Voyant cela il s’enfuit dans le jardin, rattrapé par Simone qui alla trouver le gérant de la galerie et lui posa ses conditions pour un meilleur accrocha­ge. Une seule toile fut vendue pendant cette mascarade d’exposition, celle que le gérant se réserva, la vente en étant déjà assurée… Par contre de nombreux clients, suite à l’exposition, indignés de le voir en si triste compagnie, vinrent le trouver dans sa villa où il réalisera coup sur coup dix-sept ventes en l’espace de trois semaines…

Divers portraits de femmes. Pastels sur Canson 70

Après cette période faste et tourmentée, Gilbert retrouvera le calme de son atelier dont il n’aimait que très rarement sortir, se plongeant dans une rage de peindre qui le sortait du sommeil, parfois dès quatre heures du matin et là, il ressentait comme un grand bouillonnement dans sa tête et il nous expliquait avoir une sou­pape qui laissait sortir son inspiration juste devant ses toiles ou comme une force supérieure venant de l’espace… Si bien qu’il nous disait souvent, sortant de son atelier, les mains tachées de couleurs, grisé par son travail : « Ah ! Quel métier de c.. ! Je ne mets plus les pieds dans mon atelier pour aujourd’hui… » Puis, il allait se laver les mains. Quelques instants plus tard, après un café, il étais dans son atelier, replongé dans sa folie créative !

Bouquet de Dahlias 60
Bouquet à la lampe 50
Langoustines. Nature mortes et paysage, archive K.G. fin 50
Nature morte aux allumettes, archive K.G.
Port de Trouville

Article de presse sur l’effondrement des falaises de Villerville

« L’Eveil », du 9 Septembre 1982. « Villerville, vente aux enchères au profit des sinistrés». (Quelques passages de l’article) : « En Janvier dernier, une catastrophe est survenue à Villerville : la falaise s’est affaissée… Rappelez-vous le bouleversement que cela avait causé dans la région. C’était en première page des journaux et même à la télévision ils en avaient parlé. Des gens se trouvaient ruinés… Aujourd’hui, on n’en parle plus, mais ces sinistrés sont toujours aussi démunis. L’hiver va venir, mais n’ayant reçu aucune aide et n’étant pas autorisés à ré­cupérer ce qui leur reste de leurs maisons que vont-ils devenir ?

Barques sur la plage

Heureusement, tout le monde ne les a pas oubliés. Madame Biais, Présidente du Syndicat d’Initiative, une femme généreuse, et Maître Dupuy, Commissaire-pri­seur à Honfleur et qui a agi d’une manière totalement désintéressée, ont déci­dé de contacter tous les artistes de la région, et ceux-ci, dont Gilbert, ont répondu présent en offrant tableaux, livres et autres… C’est pourquoi il y aura une vente aux enchères publiques dont l’argent récolté sera intégralement versé aux sinistrés…»

Peut-être à la suite d’un coup de cafard je crois, mon père eu envie de quitter la région, en voulant vendre sa villa pour rejoindre ses enfants en région Parisienne… Était-ce une coïncidence ou bien une prémonition sur ce qui allait se passer un an et demi plus tard… Un article paraîtra en Avril 1984, dans « le Pays d’Auge » : (Extraits de l’article) « Installé à Pennedepie depuis vingt quatre ans : LE PEIN­TRE CORSIA VA QUITTER LA REGION… » « Peut-être une dernière année à Pennedepie pour le peintre Corsia qui présente actuellement deux expositions. Installé à Pennedepie depuis 24 ans, le peintre Corsia fête cette année « son demi-siècle » de peinture. Le peintre, âgé aujourd’hui de 69 ans, a élu domicile dans une petite maison *(?!) située route de Trouville. Là, depuis 24 ans, il  a créé sa peinture et ses collages, mais aussi il accueille les visiteurs, leur présente ses œuvres et sa démarche picturale… Mais cette maison « ouverte » véritable Musée du peintre où les différents courants d’inspiration se côtoient, pourrait se fermer car Corsia a l’intention de quitter la commune pour se rapprocher de ses enfants. Peut-être pour sa dernière année sur la côte normande. Le peintre propose deux expositions : l’une dans sa maison où, d’année en année, il reçoit les amateurs d’art et les touristes de passage ; l’autre à Villerville… »

L’année 1985 sera une année faste et tragique en même temps. Une personne visitera la villa de Pennedepie qui était mise en vente et sympathisera très vite avec Gilbert et, coïncidence, elle est antiquaire à Honfleur, « Aux Arts de l’Enclos » où il avait déjà exposé quelques années auparavant… Gilbert lui proposera une exposition ; elle se fera un peu plus tard vers juin 85, remportant un très vif succès. En janvier 1986, au moment où je termine cette biographie, l’exposition a toujours lieu les week-ends, en attendant les beaux jours…

* (Petite maison… villa de deux étages !)

Quelle était donc bizarre cette année 1985 mêlée de joie et de tristesse. Je passais le mois de janvier en Australie, nous fêtions mon mariage en juillet, mon père savourait le succès de son exposition d’Honfleur et, en septembre, nous apprenions, comme un mauvais calembour tant cela nous paraissait absurde, que Gilbert était atteint d’un cancer généralisé… Lui qu’on croyait si fort… un cancer… Le chirurgien ne pouvait que s’être trompé. Autres chirurgiens, même verdict. Gilbert a dû couver son cancer probablement près de 25 ans des suites de l’ablation de son estomac.

Un mois plus tard au soir du 17 octobre il nous laissait, à l’hôpital d’Equemauville où il s’est éteint.

Anecdote sur un arc-en-ciel

A la suite d’une première opération de l’estomac qui lui fut terriblement pénible : Quatre heures en salle d’opération implorant le chirurgien de l’achever pour ne plus souffrir ; une intervention qu’il nous disait avoir subi pratiquement à vif. Si bien que le chirurgien dit à ses assistants : «Allez, recousez-le, j’en ai assez ! ». Il sera à nouveau opéré deux ans plus tard. Sa mère l’enverra en convalescence où il réalisera une toile représentant un arc-en-ciel dont il nous conta l’histoire : « Sous une pluie fine, un paysan arriva au loin me menaçant d’une fourche. Je le regardai naïvement, posé là avec mon chevalet et mon matériel, en plein milieu de son champ : « Qu’est-ce que vous faites-là !?  » Me cria-t-il. Je le regardai toujours calmement. – Vous voyez bien, je peins. Je peins l’arc-en-ciel. Là… Vous voyez bien l’arc-en ciel !

-Comment vous peignez sous la pluie ?

– Mais je suis bien obligé pour le peindre !

– Ah ! (Me répondit-il). « J’ai cru que c’était un fou qui se tenait comme cela dans mon champ »

Version d’un Arc-en-ciel dans un champ 50/60

Quelques nouvelles photos de plus ou moins bonne qualité et cadrage provenant de Google.

Huile sur Isorel (?) 75/80
Pastel et acrylique sur litho, 75/80
Huile ou acrylique sur papier, 75/80
Pastels, acrylique, collage sur Canson, 70/80
Encre de Chine et pastels « La foudre » 1943
Pastels, feutres sur canson,75
Acrylique sur Isorel (?) 70/75
Huile sur panneau (Palette ?) 70
Huile sur Isorel, 75 Portrait en ma possession, qui a été malencontreusement vendu par erreur
Nus sur un lit, 75
Arlequins 70
Bouquet aux carafes et miroir, peinture sur dos d’Isorel, 1950
Bouquet à la chandelle et compotier de prunes, 60
Photo de vente aux enchères, « Bris de sculptures » 75
Nature morte au bol jaune, 55/60
Nature morte sur palette, 70

Deux sculptures en plâtre

Trois plâtres en bronze, de ma collection plus un de ma sœur Françoise. Le fondeur du nom d’une huile bien connue, ne voulait pas restituer ni les originaux, ni les bronzes qui normalement faisaient partie d’un échange de quatre bronzes contre une toile de mon père. J’ai du le poursuivre en justice pendant prés d’un an, devant me rendre régulièrement à la gendarmerie de Saint Germain-en-laye pour l’avancement de l’enquête, avant que celui-ci accepte un arrangement et rende les œuvres en sa possession juste avant de passer au tribunal.

19 cm
31 cm
90 cm
35cm

Cinq ans après le décès de mon père, vers 1990, ma mère a eu une offre d’exposition d’un certain couple d’antiquaire galeriste, les Letailleur qui lui ont promis monts et merveilles, un livre d’art sur la vie du peintre et une liste d’adresses de 3000 clients potentiels invités pour un cocktail vernissage à la galerie rue de Seine à Paris. Toutes les œuvres, plus d’une centaine devaient être encadrées et j’avais avancé le coût du matériel, baguettes de cadres, carton, verre, etc. Je possédais déjà quelques outils, agrafeuse pointe diamant, presse agrafeuse de cadres, ayant exercé comme encadreur à Brisbane en 1987 (Revenu en France en 1989). Mes deux frères et moi avons fait tous les encadrements avant l’exposition. Notre entretien avec les galeristes ne nous avait pas impressionné, au contraire mais nous ne voulions pas aller contre la décision de notre mère. L’exposition eu lieu quelques temps plus tard. Le jour du vernissage, le cocktail était minable avec un ou deux plateaux de petits fours et quelques bouteilles de mousseux. Le livre promit n’était autre qu’un tout petit format de 10 x 10 cm avec des photos de mauvaise qualité, le texte ressemblant de très loin à la biographie que j’avais écrit en 1986… Dans la galerie, nous nous regardions les uns et les autres en réalisant que nous, les membres de la famille et cousins, constituions les soit disant 3000 clients invités ! De cette farce, nous y avons laissé quelques toiles que la galerie a gardé en payement des frais d’exposition. Rien n’a été vendu ; à la fin de l’expo, nous avons récupéré les œuvres restantes et à l’époque je me suis assis sur les frais d’encadrement…

Un autre triste épisode exposition Corsia eu lieu à Orgeval ou on y a laissé des plumes.

Pour finir sur une note plus optimiste, une très belle exposition a eue lieu à la Mairie du 5e devant le Panthéon en avril/mai 2008 organisée par Claire Corcia (Apparentée à la branche des Corsia/cia d’Algérie).

Corsia L’hédoniste de la couleur
Sculpture en plâtre Le baiser
Plâtre, portrait de femme
Plâtre de femme nue
Portrait de femme en bleu
Œuvres exposées
Groupe de femmes
Groupe de femmes
Extrait du critique d’art Waldemar George sur le mur de la Mairie
Visiteurs durant l’exposition’

En 1989 avait lieu à l’Espace Rachis une exposition rétrospective des œuvres de mon père, prêtées par Laroque-Granoff. J’ai eu le plaisir d’y voir de très belles toiles de mon père.

Des toiles sont toujours exposées à la galerie Daniele Bourdette d’Honfleur (Danielle avait exposé mon père en juin/juillet 1985 peu avant son décès.)

Portrait de femme 1980 exposé à la galerie D. Bourdette
Photo de Gilbert Corsia début 80 et portrait de femme à la Mairie du 5e

Mon père a eu des commandes de portraits ou nature mortes qui n’étaient pas toujours ni payées ni récupérées.

Portraits aux pastels des fils d’un commissaire priseur, commandés à mon père dans les années 70/80 et d’une langouste (Ci-dessous)
Seule photo mal cadrée de cette oeuvre, Elle a été exposée plus tard à la Mairie du 5e
Photo d’une très belle oeuvre, « Haute couture » vers 60/70, collection personnelle d’un des enfants figurant sur le portrait aux pastels
Portrait de l’épouse d’un client, Mme Wallard, jamais payé ni récupéré

Prémonitions…

Mon père a quelquefois eu des prémonitions sur certains événements tel que la lacération du portrait de Van Gogh. Il avait fait ce portrait de Vincent, en collage peu avant que l’original soit vandalisé et l’avait intitulé « Van Gogh crucifié » Il pose à coté de son collage pour la presse.

Le Van Gogh crucifié

Gilbert posant pour la presse juste après l’événement du portrait lacéré.

Il a eu une autre prémonition un jour de juin 1973 en faisant ce dessin aux pastels. D’après un conducteur d’autobus, je serais passé à un feu rouge de la porte de Clichy, en moto, vers 22 h 00. Je ne me souviens de rien à part de m’être réveillé d’un coma de 3 heures, mon casque sur la tête, sur un lit roulant de l’hôpital Beaujon d’où je ne ressortais que 17 jours plus tard. Mon père s’était senti mal au même moment que l’accident dans sa villa de Pennedepie. Il m’a raconté plus tard avoir fait ce dessin peu avant cet accident et l’avait intitulé « La mort en un instant rayonne » et me l’a offert. Le visage de cette jolie femme est défiguré et sa main droite décharnée. (Cette photo ne montre pas ce dessin en entier)

Dessin de Gilbert, exécuté peu avant mon accident en 1973